Les petites madeleines – n°01 – Tata & son scooter…

Il est temps pour l’Atelier des Petits Photographes, d’inaugurer une nouvelle chronique. Depuis des années, nous avons accumulés des histoires de vies, des anecdotes, des rencontres imprévues, des coups de chance, de la magie, au coin des rues.

Voici la première histoire, l’histoire de Tata, rencontrée à Fana, au Mali, en 2014.

« Il y a des photos que l’on fait, que l’on n’oublie jamais.

Tata et son scooter en font partis. C’était en 2014.

Tata, c’est le nom de cette femme, ou plutôt, le nom qu’elle a bien voulu me laisser, j’imagine.

Je l’avais senti un peu rude, Tata, aux premiers abords. Plus distante que les autres. Quand je lui ai proposé de poser devant la Street Box, elle a accepté, mais à une condition : qu’elle pose avec son scooter.

Honnêtement, l’idée m’enchantait moyennement. J’avais déjà une idée en tête, et je trouvais le scooter…pas très « esthétique »(l’esthétique avant le sens…En photographie documentaire et dans ce cas précis, on pourrait presque parler d’une erreur de débutant…).

Puis elle m’a demandé de me poser et de l’écouter.

Son scooter, c’était son indépendance.

Un MBK, comme j’en avais vu des centaines dans les rues du Mali !?!! Un scooter basique, ramené parmi d’autres, par milliers, à la suite d’un accord entre le Mali et la Chine !
Qu’est-ce qu’elle voulait me dire, au delà du fait, qu’elle pouvait se déplacer plus rapidement et plus loin avec.

Un détail m’avait pourtant alerté. Elle le conduisait toute seule ! C’était la première fois que je voyais ça, à ce moment de mon voyage.

Tata était une femme battue, qui avait réussi à obtenir le divorce. Avec toutes les répercussions sociales que cela impliquaient. La principale étant que la société malienne tolère peu les femmes divorcées. Elles sont marginalisées, parfois même par leur propre famille.
Elle s’en moquait.

Son scooter, c’était son indépendance. La preuve qu’elle pouvait se débrouiller seule, qu’elle savait conduire, lire et compter, et qu’elle n’avait plus besoin d’un homme. Sa définition de l’indépendance.
Et elle en était très fière.
J’ai demandé naïvement si elle avait un nouveau mari.
« Non ! Plus jamais ! » elle a répondu.

Ca m’a bousculé cette conversation, sur le moment. Ca résonnait à plusieurs endroits dans ma tête.

A la suite de cette histoire, je voyais le scooter évidemment sous un autre angle.

Son scooter, c’était un trophée !

Elle a posé avec. J’ai pris la photo. Je lui ai donné un exemplaire. J’ai pris une bonne claque, et une belle leçon de photographie, par la même occasion ».

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